On présente souvent les trois piliers comme trois tirelires empilées : l'État, l'employeur, vous. L'image est commode et trompeuse. Les trois piliers ne se distinguent pas par qui paie, mais par ce qu'ils sont censés accomplir — et deux d'entre eux ne concernent pas seulement la retraite.
Le système figure dans la Constitution fédérale, dont l'article 111 pose que la prévoyance repose sur les trois piliers que sont l'AVS/AI fédérale, la prévoyance professionnelle et la prévoyance individuelle.
Premier pilier : couvrir les besoins vitaux
L'AVS et l'AI forment le premier pilier. La Constitution est explicite sur leur objectif : les rentes doivent couvrir les besoins vitaux de manière appropriée. Il ne s'agit donc pas de maintenir le niveau de vie, mais d'assurer un minimum.
L'assurance est obligatoire. Les personnes exerçant une activité lucrative cotisent dès le 1er janvier qui suit leur 17e anniversaire ; les personnes sans activité lucrative cotisent dès le 1er janvier qui suit leurs 20 ans, avec une cotisation minimale annuelle.
En 2026, la rente de vieillesse complète minimale s'élève à 1'260 francs par mois et la maximale à 2'520 francs, le plafond pour un couple marié étant de 3'780 francs. Ces montants sont adaptés périodiquement.
Le nom complet du premier pilier — assurance-vieillesse et survivants — rappelle qu'il ne s'agit pas que de la retraite : il couvre aussi l'invalidité, via l'AI, et le décès, via les rentes de survivants. La Constitution prévoit d'ailleurs les prestations complémentaires précisément parce que la rente seule peut ne pas suffire à couvrir les besoins vitaux.
Deuxième pilier : maintenir le niveau de vie
La prévoyance professionnelle a un objectif différent, lui aussi constitutionnel : conjuguée avec l'AVS/AI, elle doit permettre à l'assuré de maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur. Le deuxième pilier ne remplace pas le premier, il s'y ajoute.
On lit fréquemment que les deux premiers piliers visent ensemble environ 60 % du dernier salaire. Ce chiffre existe bien dans les documents officiels, mais il faut le lire pour ce qu'il est : un objectif, issu du message du Conseil fédéral de 1975, destiné à concrétiser les termes vagues de la Constitution. Ce n'est pas un droit garanti, et les documents qui l'énoncent reconnaissent qu'il peut ne pas être atteint.
Qui est assujetti, et sur quelle part du salaire
La LPP ne s'applique pas à tous les revenus. Elle fixe un seuil d'entrée : en 2026, un salaire annuel de 22'680 francs auprès d'un même employeur. En dessous, l'assurance obligatoire du deuxième pilier ne s'applique pas.
Au-dessus, ce n'est pas le salaire entier qui est assuré, mais le salaire coordonné : la part comprise, en 2026, entre 26'460 et 90'720 francs. Le montant déduit à la base — la déduction de coordination — correspond à la part censée déjà être couverte par le premier pilier. C'est la traduction technique de l'idée que les deux piliers s'additionnent. Si ce calcul donne moins de 3'780 francs, ce qui arrive pour un salaire compris entre 22'680 et 30'240 francs, c'est le salaire coordonné minimal de 3'780 francs qui est assuré.
La couverture des risques de décès et d'invalidité commence le 1er janvier qui suit le 17e anniversaire ; l'épargne-vieillesse proprement dite commence le 1er janvier qui suit le 24e anniversaire.
Comme le premier pilier, le deuxième prévoit des prestations en cas d'invalidité et de décès : rente d'invalidité, rente pour le conjoint survivant ou le partenaire enregistré, rentes d'orphelins. Les montants dépendent du règlement de l'institution de prévoyance et des minima légaux, et ne se déduisent pas d'une règle générale.
Troisième pilier : la prévoyance individuelle
Le troisième pilier est individuel et facultatif. La Constitution charge la Confédération de l'encourager, notamment par des mesures fiscales — ce qui explique la nature du pilier 3a : il est d'abord une construction fiscale, et non un simple compte.
Il se divise en prévoyance liée (3a) et prévoyance libre (3b). La première est encadrée par une ordonnance fédérale, avec des plafonds de déduction et des règles de retrait ; la seconde est ouverte et suit le droit commun.
L'âge de référence, et sa transition
L'âge de référence est de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, la réforme AVS 21 le relève par paliers de trois mois, et le palier dépend de l'année de naissance, non de l'année du départ à la retraite. Il est de 64 ans pour les femmes nées en 1960 ou avant, de 64 ans et trois mois pour celles nées en 1961, de 64 ans et six mois pour celles nées en 1962, de 64 ans et neuf mois pour celles nées en 1963, et de 65 ans pour celles nées en 1964 ou plus tard. L'âge de référence est donc le même pour les femmes et pour les hommes à partir de la génération 1964.
La retraite peut être anticipée ou différée, et une retraite partielle est possible. Les femmes nées entre 1961 et 1969 qui perçoivent leur rente à l'âge de référence ou après ont droit à un supplément de rente au titre du relèvement de l'âge de référence ; son montant dépend notamment du revenu annuel moyen déterminant et de l'année de naissance. Celles qui anticipent leur rente n'y ont pas droit.
Ce que cet article ne peut pas vous dire
Aucune information générale ne permet de calculer votre rente. Elle dépend de vos années de cotisation, de vos revenus, d'éventuelles lacunes, de votre situation familiale, du règlement de votre caisse de pension et de la date à laquelle vous prenez votre retraite.
Les montants cités ici sont ceux de 2026 et sont revus périodiquement. Pour votre situation, l'extrait de compte individuel de votre caisse de compensation et le certificat de votre caisse de pension sont les documents qui font foi.